Perspectives 91 L’agriculture au Viet Nam

par Hoang Thi Phuong

Un parcours bien singulier

Je suis née en Nouvelle Calédonie où mes parents, originaires de la banlieue de Haiphong, étaient venus travailler comme engagés sous contrat dans les mines de nickel depuis 1939. Ils devraient être rapatriés en 1945, après 5 ans de travail.
Dans l’attente du retour, j’y ai fait mes études, un certificat d’études primaires puis un brevet commercial au Collège Technique de la ville de Nouméa. Comme le rapatriement tardait, j’ai poursuivi pour obtenir mon bac en 1960.
Au milieu d’une communauté d’engagés vietnamiens, des paysans pauvres du delta du Fleuve Rouge, à l’âge de 20 ans, j’ai beaucoup réfléchi sur mon avenir. Je me suis décidée à m’orienter vers la médecine me disant que ce métier me permettrait de gagner ma vie et d’aider mon prochain.
Mais « l’homme propose et Dieu dispose », j’ai bien frôlé l’opportunité de devenir médecin, lors de mon retour au Vietnam en 1964, je ne disposais alors que de 2 petits mois pour faire mes « révisions » au concours d’entrée, en plus, avec mon bac français, je devais passer au vietnamien ; pour les matières scientifiques, maths, physique, chimie ca peut aller encore mais la littérature vietnamienne, c’était un vrai défi ! Et évidemment je ne brillais pas ! Le doyen de l’Université de médecine m’avait exhortée à patienter, à prendre une année pour tout revoir et s’engageait à me prendre l’année suivante. Je ne voulais rien entendre, attendre je ne le voulais pas, et je commençais mes études supérieures l’année même, je devais travailler. On me proposa alors de rejoindre l’Ecole supérieure des Finances qui était prête à me prendre. Et dire que, quand j’ai commencé mes études commerciales au Collège Technique de Nouméa, je me suis demandée longtemps, à quoi rimait le métier de comptable !
En fait, à la sortie de mes études à l’Ecole supérieure des Finances, j’ai bien été affectée au service comptable d’une usine à Haiphong, mais pas pour longtemps, de février 1969 à juillet 1970 !
Il m’a été alors demandé de devenir rédactrice et speakerine pour la nouvelle émission en français de la Radio pour la Libération du Sud Vietnam orientée vers Paris où se tenaient les pourparlers de Paris, un métier auquel rien ne me préparait, sauf l’ardent désir de servir la cause de mon peuple.
Puis, le sort fut bien « coriace », après la libération, j’ai quitté la radio, mais pour devenir professeur de français à l’Ecole Supérieure du Commerce Extérieur de Hanoi, la maîtrise du français, des connaissances en finance, en entreprise… m’ont été très utiles, surtout, dans les années du début de l’ouverture économique de notre pays. J’oeuvrais alors pour la création du CFVG, Centre Franco-Vietnamien de Formation à la Gestion, le premier dispositif au Vietnam où était proposée la formation de gestionnaires vietnamiens aux mécanismes de marché, comprenant qu’on ne pouvait pas s’orienter vers l’économie de marché sans en maîtriser le fonctionnement.
En travaillant dans ce Centre, je voyais mieux les failles de nos formations. Ce qui m’a décidée à quitter ce dispositif pour m’engager dans la voie de la formation professionnelle.
J’ai participé au comité exécutif de l’AAVF en 1999, puis à celui de l’AACVF en 2009, en me disant que ces structures de diplomatie populaire pourraient peut-être aider à promouvoir mon idée - doter nos jeunes, surtout ceux de la campagne d’un métier qui leur permettrait de gagner de quoi vivre décemment, de servir le développement de leur pays natal, c’est UN RÊVE AUQUEL J’INVITE TOUS LES VIETNAMIENS, TOUS LES VRAIS AMIS DES VIETNAMIENS à participer, car je le vois comme la transformation de la vie de l’Homme Primitif quand il découvrit l’usage du bâton qui lui permit d’atteindre plus efficacement les fruits, les proies.
La maîtrise d’un métier en bon accord avec le développement du village, de la région, du pays va faire de ces quelques 40, 50 millions ou plus de travailleurs paysans de grands artisans de la métamorphose de ce pays en un Vietnam nouveau, prospère, moderne et développé, lequel pourra lever haut la tête, devenant ainsi la fierté de leurs ancêtres qui ont tant lutté pour la préservation de ce pays.

Je remercie du fond du coeur le comité exécutif de l’AACVF, dont notre Président Nguyễn Huy Quang, et en particulier j’adresse ma profonde gratitude à nos camarades de l’AAFV, surtout à son Président Patrice Jorland et à la Rédactrice en chef de Perspectives Dominique de Miscault d’avoir accepté de soutenir mon idée de dossier spécial sur l’Agriculture vietnamienne, notamment d’avoir la patience de suivre mon cheminement, car c’était l’épopée d’une novice qui voulait découvrir tout un champ méconnu. En fait, j’ai découvert tout un monde nouveau dans mon propre pays. Mieux informer c’est mieux oeuvrer.