Le Général Giap Perspectives N°81

Cent ans et déjà plus

Vo Nguyen Giap est né le 25 août 1911 dans le hameau d’An Xa, district de Le Thuy, province de Quang Binh, au centre du Vietnam. Il a donc cent ans, et même un peu plus, si l’on compte à la manière de ses compatriotes, un siècle d’existence qui se confond avec l’histoire de son pays et, compte tenu de ce que celui-ci dût endurer, avec celle de notre monde sublunaire, un siècle qu’il marqua aussi par le rôle qu’il y a joué.

En lui consacrant ce dossier, la rédaction de « Perspectives » n’entend pas tracer un panégyrique. C’est inutile et cela déplairait fort à un homme qui a constamment refusé quelque culte de sa personnalité que ce fût, alors que son prestige et sa popularité sont immenses dans sa patrie. Il se trouve cependant que certains hommes sont amenés à infléchir le cours de l’histoire, et davantage encore lorsque leur action s’entrelace à celle d’autres hommes, les neveux de Ho Chi Minh en l’occurrence, et lorsque celle-ci parvient à cristalliser les aspirations et la volonté d’une nation. Vo Nguyen Giap est l’une de ces personnalités qui ont marqué l’histoire.

Il est impossible en quelques pages d’en brosser même un portrait. Trop de choses seraient à aborder et, pour être honnête, les archives ne sont pas encore ouvertes qui permettraient peut-être de le tenter. Bien qu’il ait écrit de nombreux articles, ouvrages, récits et livres de souvenirs, les textes qui lui ont été consacrés à l’étranger sont rares, le plus souvent bourrés d’erreurs factuelles, et font preuve d’une incompréhension profonde. Ainsi de la biographie de l’historien Cecil B. Currey, intitulée, si on le traduit en français, « La victoire à tout prix ». Elle se veut élogieuse, puisque son sous-titre est « Le génie du général Vo Nguyen Giap ». C’est que pour cet auteur, un grand chef militaire ne saurait se soucier du nombre de morts, seule compte sa détermination à vaincre.

Or, de la bataille de Dien Bien Phu à ce qui est appelé l’« offensive du Têt », les exemples abondent qui infirment cette vision de l’homme dont nous parlons ici. Aussi nous contenterons-nous de bonnes pages du livre d’entretiens publié par Alain Ruscio, dans lesquelles on suit comment un jeune professeur change de profession, et d’une courte réflexion sur l’art militaire du général Giap. Il nous a semblé nécessaire d’évoquer un autre volet de son activité, qui l’a occupé durant les deux dernières décennies de sa participation au gouvernement vietnamien, et qui concerne les sciences, les techniques, les études et le savoir, clés décisives du développement d’un pays. Enfin, l’homme lui-même mérite d’être mieux connu, ses proches en parlent ici.

La santé du centenaire est aujourd’hui fragile. Cela ne lui interdit pas de rester attentif à la vie de son peuple et de prendre position, comme ce fut le cas récemment à propos du projet d’exploitation, par des entreprises chinoises, de gisements de bauxite situés sur les hauts plateaux du centre. Non sans effets.